Point de départ et point d'arrivée, origine, finalité et méthode de notre école, est le zazen vêtu du kesa. Ça c'est le scoop, la révélation, la modernité. 

Deshimaru Roshi, à la lumière de l'enseignement et de la personnalité de Sawaki Roshi, l'a affirmé en Europe. Seul Sawaki Roshi, avec sa rugueuse franchise, a su dire que s'assoir avec fermeté, la tête rasée, vêtu du kesa, est la dimension la plus haute, la plus noble et majestueuse de l'être humain. 

F. Taiten Guareschi Roshi, La voix qui écoute

 

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J'avoue que j'ai vécu

Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédé par une règle, par un mot, par une étiquette…

Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde puisse parler, lire, écouter, s’épanouir…

Je n’ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d’en finir avec la lutte.

Je n’ai jamais compris la rigueur autrement que comme moyen d’en finir avec la rigueur…

J’ai pris un chemin car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette aménité permanente, je combat pour cette bonté générale, multipliée, inépuisable…

Il me reste malgré tout une foi absolue dans le destin de l’homme, la conviction chaque jour plus consciente, que nous approchons de la grande Tendresse…

En cet instant critique, en ce clignotement d’agonie, nous savons que la lumière définitive entrera dans les yeux entrouverts.

Nous nous comprendrons tous. Nous progresserons ensemble. Et cet espoir est irrévocable.

 

J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda, 1904-1973

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Zuimonki

Chaque jour après le rituel du matin (zazen, cérémonie et genmai), nous lisons un passage du Zuimonki de Maître Dōgen. Il s'agit d'une compilation d'enseignements, conseils et encouragements, donnés par Maître Dōgen dans son temple près de de Kyōtō. Ces enseignements, fidèlement retranscrits par son disciple Koun Ejō, s'adressent aussi bien à des moines qu'à des laïcs.

En voici quelques extraits :

Maître Dōgen nous a expliqué :

Les bouddhas et patriarches ont tous été originairement des hommes ordinaires. Quand ils étaient encore ainsi, il y en avait à coup sûr qui étaient sous le joug de châtiments dus à leurs mauvais actes, et d’autres aussi qui avaient mauvais esprit ; il y en avait qui étaient niais, et il y en avait aussi de franchement idiots. Pourtant, ils ont tous changé et ont fini par être des bouddhas et des patriarches dès lors qu’ils ont suivi un maître et qu’ils ont vécu uniquement en mettant en pratique la parole du Bouddha.

Cela s’applique aussi aux hommes d’aujourd’hui. Si vous-mêmes êtes stupides ou niais, ne vous dépréciez pas. Si vous ne donnez pas libre cours à votre aspiration à l’Éveil dans cette vie-ci, jusqu’à quand allez-vous attendre ? Vous pouvez le faire à coup sûr si vous le désirez ardemment.


 

Lors d’un enseignement du soir, maître Dōgen nous a expliqué :

De nos jours, maints renonçants au monde et maints gens ordinaires veulent à tout prix et faire savoir qu’ils ont fait le

bien et cacher qu’ils ont fait le mal. Ce qui génère une incompatibilité entre leur conscience intérieure et leur comportement extérieur. Gardez sans faute l’harmonie entre votre conscience intérieure et votre comportement extérieur. Repentez-vous de vos erreurs et ayez toujours la tournure d’esprit d’abandonner aux autres ce qui est plaisant et de prendre pour vous ce qui est mauvais. Faites-le en cachant vos vrais mérites et sans vous mettre en valeur extérieurement.

Shobogenzo Zuimonki (traduction de Maître Kengan Robert)

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Menju

 

"Si un disciple ne voit pas en son Maître toutes les générations précédentes de Maîtres, on ne peut pas dire qu'il soit un disciple. Si un Maître ne voit pas en son disciple toutes les générations ultérieures de disciples, on ne peut pas dire qu'il soit un Maître."

Chapitre "Menju" du Shōbōgenzō de Maître Dōgen (traduction de Maître Dokusho Villalba)

 

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"La nouvelle richesse" de Maître Tōzan Ryōkai

Le souverain de l'Antiquité avait fait du tao sa norme.

Il gouvernait le peuple au moyen de rites et ployait son échine de dragon.

Lorsque, de part en part, il traversait la place du marché,

En tout lieu florissait la culture, et son auguste dynastie était célébrée.

Pourquoi donc vous lavez-vous le visage et vous maquillez-vous ?

Le chant du coucou nous rappelle à l'urgence de notre demeure.

Bien que des multitudes de fleurs se soient fanées,

Son chant ne s'est pas encore apaisé.

Au loin, parmi les pics enchevêtrés et dans les lieux profonds et retirés,

Son appel retentit toujours.

Une fleur qui s'épanouit sur un arbre mort,

Une source qui jaillit de l'éternité.
Chevaucher un éléphant de jade et pourchasser la licorne.
Là, dissimulée parmi les innombrables montagnes,

Une lune blanche, un vent froid aux approches de l'aube.

Les êtres ordinaires et les bouddhas ne commercent pas ensemble.

Que les montagnes soient naturellement hautes,

Que les eaux soient naturellement profondes,

Ce n'est que cela que peut exprimer

L'infinité des distinctions et des différences.
Quand les marmottes crient, les fleurs s'épanouissent.
Le chant du printemps fait fleurir toutes les fleurs.
Lorsque l'esprit qui cherche Bouddha apparaît, vient le temps du "remords".
Dans la perspective non entravée du kalpa de l'inutile (vide),

Lorsque plus rien n'est perçu,

Pourquoi allez-vous au sud à la recherche des cinquante-trois ?

Note : Au Japon, le Tokaido, mythique et ancienne "Route de la mer de l'Est", longue d'environ 500km, relie Tokyo à Kyoto en exécutant cinquante-trois relais (sorte de pèlerinage).

 

La bonne nouvelle c'est que "Même si l'âne n'est pas encore passé, le cheval arrive déjà" ! (phrase de Maître Dōgen)