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Zuimonki

Chaque jour après le rituel du matin (zazen, cérémonie et genmai), nous lisons un passage du Zuimonki de Maître Dōgen. Il s'agit d'une compilation d'enseignements, conseils et encouragements, donnés par Maître Dōgen dans son temple près de de Kyōtō. Ces enseignements, fidèlement retranscrits par son disciple Koun Ejō, s'adressent aussi bien à des moines qu'à des laïcs.

En voici quelques extraits :

Dans son enseignement du soir, maître Dōgen nous a expliqué :

Dans la tradition des patriarches, la méthode pour comprendre les sermons zen est de réformer sa mentalité qui produit l’idée évidente qu’on se fait de soi. Pour cela il faut suivre pas à pas les paroles du maître.

Vous croyez savoir au fond de vous qu’un bouddha est doté des trente-deux signes distinctifs et des quatre-vingts marques, qu’il émet un halo de lumière, qu’il possède toutes les qualités sans exception, qu’il a le mérite d’avoir fait profiter les êtres vivants de son enseignement de la Bonne Loi ; et vous savez avec certitude que Shakyamuni et Amida, etc. sont des bouddhas. Pourtant, si votre maître vous dit : “Un bouddha c’est un crapaud ou un ver ! “, croyez que le crapaud ou le ver sont des bouddhas et abandonnez votre soi-disant sagesse d’antan. Toutefois, si vous cherchez à voir sur un ver les signes et les marques distinctifs d’un bouddha ou le halo de lumière et toutes sortes de mérites propres à un bouddha, c’est que vous n’avez pas encore corrigé vos vues passionnelles. Contentez-vous de reconnaître un Bouddha simplement dans ce que vous voyez dans ce moment. Si vous procédez ainsi à réformer vos vues passionnelles et vos attachements originels en suivant les paroles de votre maître, votre compréhension ne manquera pas de se faire d'elle-même. Pourtant, les apprentis de l'Éveil d’aujourd’hui disent : “ Un bouddha, ce doit être absolument et immuablement comme ceci et comme cela ! “ quand ils s’accrochent à leurs vues passionnelles et que cela est conforme à leur opinion. Mais lorsque quelque chose n’est pas conforme à ce qu’ils pensent d'eux-mêmes, ils disent aussi : “ Un bouddha ne peut pas être comme ça ! “ Ces gens-là ne progresseront pas vers l'Éveil immense d’un bouddha tant qu’ils seront dans l’illusion que les choses doivent ressembler à l’idée passionnelle qu’ils s’en font.

Par ailleurs, si votre maître venait à vous dire, alors que vous craignez pour votre personne : “ Montez jusqu’au sommet du mât de cent pieds, lachez vos mains et vos pieds et avancez d’un pas ! “ et que vous lui répondiez : “ On ne peut faire l’apprentissage de l'Éveil d’un bouddha que si l’on est en vie ”, cela montrerait que vous ne suivez pas sincèrement l’esprit de votre maître. Réfléchissez bien à cela !

Maître Dōgen a expliqué :

Apprentis de l'Éveil, en recevant des dons ne vous réjouissez pas et ne restez pas non plus sans les accueillir. Le défunt abbé Eisai a dit : “ Se réjouir en recevant des offrandes est un manquement à la règle. Ne pas se réjouir est un manquement envers l’esprit du donateur. “ Cette vérité des anciens signifie qu’il ne s’agit pas d’une offrande personnelle, mais qu’il s’agit d’une offrande faite aux Trois Joyaux. C’est pourquoi vous devez dire à cette personne dans votre réponse : “ Je vous le dis respectueusement, votre offrande sera toujours acceptée par les Trois Joyaux. “

Maître Dōgen nous a expliqué :

Les bouddhas et patriarches ont tous été originairement des hommes ordinaires. Quand ils étaient encore ainsi, il y en avait à coup sûr qui étaient sous le joug de châtiments dus à leurs mauvais actes, et d’autres aussi qui avaient mauvais esprit ; il y en avait qui étaient niais, et il y en avait aussi de franchement idiots. Pourtant, ils ont tous changé et ont fini par être des bouddhas et des patriarches dès lors qu’ils ont suivi un maître et qu’ils ont vécu uniquement en mettant en pratique la parole du Bouddha.

Cela s’applique aussi aux hommes d’aujourd’hui. Si vous-mêmes êtes stupides ou niais, ne vous dépréciez pas. Si vous ne donnez pas libre cours à votre aspiration à l’Éveil dans cette vie-ci, jusqu’à quand allez-vous attendre ? Vous pouvez le faire à coup sûr si vous le désirez ardemment.

Zuimonki (traduction de Maître Kengan Robert)

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Point de départ et point d'arrivée, origine, finalité et méthode de notre école, est le zazen vêtu du kesa. Ça c'est le scoop, la révélation, la modernité. 

Deshimaru Roshi, à la lumière de l'enseignement et de la personnalité de Sawaki Roshi, l'a affirmé en Europe. Seul Sawaki Roshi, avec sa rugueuse franchise, a su dire que s'assoir avec fermeté, la tête rasée, vêtu du kesa, est la dimension la plus haute, la plus noble et majestueuse de l'être humain. 

F. Taiten Guareschi Roshi, La voix qui écoute

 

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J'avoue que j'ai vécu

Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédé par une règle, par un mot, par une étiquette…

Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde puisse parler, lire, écouter, s’épanouir…

Je n’ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d’en finir avec la lutte.

Je n’ai jamais compris la rigueur autrement que comme moyen d’en finir avec la rigueur…

J’ai pris un chemin car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette aménité permanente, je combat pour cette bonté générale, multipliée, inépuisable…

Il me reste malgré tout une foi absolue dans le destin de l’homme, la conviction chaque jour plus consciente, que nous approchons de la grande Tendresse…

En cet instant critique, en ce clignotement d’agonie, nous savons que la lumière définitive entrera dans les yeux entrouverts.

Nous nous comprendrons tous. Nous progresserons ensemble. Et cet espoir est irrévocable.

J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda, 1904-1973

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Menju

 

"Si un disciple ne voit pas en son Maître toutes les générations précédentes de Maîtres, on ne peut pas dire qu'il soit un disciple. Si un Maître ne voit pas en son disciple toutes les générations ultérieures de disciples, on ne peut pas dire qu'il soit un Maître."

Chapitre "Menju" du Shōbōgenzō de Maître Dōgen (traduction de Maître Dokusho Villalba)

 

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"La nouvelle richesse" de Maître Tōzan Ryōkai

Le souverain de l'Antiquité avait fait du tao sa norme.

Il gouvernait le peuple au moyen de rites et ployait son échine de dragon.

Lorsque, de part en part, il traversait la place du marché,

En tout lieu florissait la culture, et son auguste dynastie était célébrée.

Pourquoi donc vous lavez-vous le visage et vous maquillez-vous ?

Le chant du coucou nous rappelle à l'urgence de notre demeure.

Bien que des multitudes de fleurs se soient fanées,

Son chant ne s'est pas encore apaisé.

Au loin, parmi les pics enchevêtrés et dans les lieux profonds et retirés,

Son appel retentit toujours.

Une fleur qui s'épanouit sur un arbre mort,

Une source qui jaillit de l'éternité.
Chevaucher un éléphant de jade et pourchasser la licorne.
Là, dissimulée parmi les innombrables montagnes,

Une lune blanche, un vent froid aux approches de l'aube.

Les êtres ordinaires et les bouddhas ne commercent pas ensemble.

Que les montagnes soient naturellement hautes,

Que les eaux soient naturellement profondes,

Ce n'est que cela que peut exprimer

L'infinité des distinctions et des différences.
Quand les marmottes crient, les fleurs s'épanouissent.
Le chant du printemps fait fleurir toutes les fleurs.
Lorsque l'esprit qui cherche Bouddha apparaît, vient le temps du "remords".
Dans la perspective non entravée du kalpa de l'inutile (vide),

Lorsque plus rien n'est perçu,

Pourquoi allez-vous au sud à la recherche des cinquante-trois ?

Note : Au Japon, le Tokaido, mythique et ancienne "Route de la mer de l'Est", longue d'environ 500km, relie Tokyo à Kyoto en exécutant cinquante-trois relais (sorte de pèlerinage).

 

La bonne nouvelle c'est que "Même si l'âne n'est pas encore passé, le cheval arrive déjà" ! (phrase de Maître Dōgen)

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