Maître Dogen a expliqué :

Dans ce qui est le plus important dans l'apprentissage de l'Eveil, le recueillement assis est primordial. Les nombreux Chinois du pays du Grand Song qui ont appréhendé l'Eveil l'ont tous fait par la puissance du recueillement assis. L'imbécile sans talent et incapable de comprendre une seule phrase dépassera en accomplissement même les plus brillants qui auraient fait de longues études pendant de nombreuses années, s'il se consacre entièrement à la pratique du recueillement assis. Par conséquent, apprentis de l'Eveil, ne vous occupez de rien d'autre que de "seulement vous asseoir dans le recueillement". L'Eveil des bouddhas patriarches, c'est uniquement le recueillement assis. Ne donnez la priorité à rien d'autre.

Shobogenzo Zuimonki (traduction : Kengan D. Robert)

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Pour écrire un seul vers,

il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses,

il faut connaître les animaux,

il faut sentir comment volent les oiseaux

et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.

Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues,

à des rencontres inattendues,

à des départs que l’on voyait longtemps approcher,

à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci,

à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre),

à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations,

à des jours passés dans des chambres calmes et contenues,

à des matins au bord de la mer,

à la mer elle-même, à des mers,

à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles

– et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour,

dont aucune ne ressemblait à l’autre,

de cris de femmes hurlant en mal d’enfant,

et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.

Il faut encore avoir été auprès de mourants,

être resté assis auprès de morts,

dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.

Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.

Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux,

et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.

Car les souvenirs ne sont pas encore cela.

Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste,

lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous,

ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare,

du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Pour écrire un seul vers (1910), Les Cahiers de Malte

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Le monde est un linceul de soie dans lequel se trouve un roi, raide et profondément enveloppé. Il aime la soie dans laquelle il est enseveli, sans savoir que c'est un linceul, son linceul, et qu'au-delà de ce drap s'étend un monde plein de vie sous un ciel incommensurable. Il ne veut pas déchirer le linceul ; parce qu'il l'aime, il ne veut pas briser son cercueil doré. 

Tout homme est ce roi enveloppé et enterré.

Frithjof Schuon

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La pluie a cessé, 

Les nuages ont disparu 

Et le beau temps est revenu. 

Si votre cœur est pur, 

Toutes les choses de votre monde 

Sont pures. 

Abandonnez ce monde flottant, 

Abandonnez-vous vous-même 

Et les fleurs et la lune

Vous guideront sur la Voie. 

Ryôkan

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Si on me demande, dit Maître Hakuin, quel est le véritable esprit de la méditation assise zazen, je répondrais qu'il consiste à maintenir en tout temps l'esprit attentif, un cœur bienveillant et compatissant. Que l'on parle ou que l'on soit silencieux, que l'on soit en mouvement ou en repos, que la chance soit bonne ou mauvaise, que l'on soit dans le bonheur ou dans la honte, le bien ou le mal, le gain ou la perte, en dirigeant et en concentrant son énergie avec la force d'un roc jusque sous le nombril et les parties inférieures de l'abdomen, alors les collines et les rivières, les plaines seront le parquet de votre salle de méditation.

Les quatre coins de la terre, les dix directions, la hauteur et la profondeur de l'univers seront pour vous la grotte de la méditation.

Ils seront en toute vérité la substance de votre personne réelle. Le ciel, l'enfer, la Terre pure seront vos organes internes et votre estomac, vos reins, votre foie, toutes les formes d'activités dans le monde. Cela sera pour vous les œuvres merveilleuses que les Bodhisattvas ont réalisé.

Hakuin, 1686 - 1769 

Maître zen Rinzaï

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Entendu lors d'un kusen du soir…

"Il eut l'intime conviction que les êtres humains ne naissent pas une fois pour toutes à l'heure où leur mère leur donne le jour, mais que la vie les oblige de nouveau et bien souvent à accoucher d'eux-mêmes."

Gabriel Garcia Marquez - L'Amour aux temps du choléra