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Zuimonki

Chaque jour après le rituel du matin (zazen, cérémonie et genmai), nous lisons un passage du Zuimonki de Maître Dōgen. Il s'agit d'une compilation d'enseignements, conseils et encouragements, donnés par Maître Dōgen dans son temple près de de Kyōtō. Ces enseignements, fidèlement retranscrits par son disciple Koun Ejō, s'adressent aussi bien à des moines qu'à des laïcs.

En voici quelques extraits :

Un jour maître Dōgen a expliqué :

Vous le savez : celui qui naît dans une certaine famille et entre dans la voie de celle-ci, doit d'abord s'appliquer aux affaires de ladite famille. C'est vraiment une erreur de s'appliquer à connaître ce qui ne serait pas sa voie ou ce qui ne serait pas son lot dans la vie.

         Aujourd'hui, si vous entrez, en tant que renonçant au foyer, dans la famille du Bouddha et suivez la voie monastique, vous devez en apprendre toute l'activité qui lui est propre. En protéger la forme, c'est suivre l'enseignement d'un maître en abandonnant tout attachement à soi. Cela veut dire, avant tout, l'absence de convoitise. Si l'on souhaite ne pas avoir de convoitise, il faut d'abord se détacher complètement de son moi. Pour se détacher de son moi, il faut, d'abord et avant tout, appliquer toute son attention à contempler l'instabilité de l'existence.

         Nombreux sont les gens du commun qui veulent en leur tréfonds qu'on pense et qu'on dise du bien d'eux. Et c'est bien pour cela que ça ne leur arrive pas. Vous ne progresserez que si vous suivez les paroles de votre maître en renonçant peu à peu à vos attachements à votre moi.

         Le fait de pratiquer ce que vous aimez tout en vous disant : « Je crois comprendre cette vérité, je suis d'accord avec cela, et pourtant je n'arrive pas à renoncer à telle ou telle chose », vous fait sombrer de plus en plus.

         La première discipline mentale pour un moine zen qui veut s'améliorer, c'est de pratiquer le recueillement « pur et nu » simplement assis. Cela n'a rien à voir avec le fait d'être sagace ou stupide, sage ou sot ; il suffit de se recueillir assis pour s'améliorer naturellement.

Lors d'un enseignement du soir, maître Dōgen nous a expliqué : 

Apprentis de l'Éveil, gardez à l'esprit qu'il vous faudra nécessairement mourir. Cette réalité est indiscutable, et pourtant on ne réfléchit pas à ce qu'elle veut dire. Cette vérité signifie qu'il faut passer son temps à faire ce qui a du sens, et ne pas le passer en vain à ce qui est inutile. Elle veut dire aussi qu'il faut pour cela toujours garder présent à l'esprit cette nécessité de ne pas laisser le temps passer en vain. Pour choisir le plus important dans ce qu'il faut faire à cet effet - mais aussi en toute chose - sachez que, hormis un comportement de bouddha patriarche, tout est vain.

Maître Dōgen a expliqué :

Maître Dai-e a dit : « Faites toujours l’apprentissage de l’Éveil comme si vous étiez obligé de rembourser une dette de mille ou dix mille piastres, sans en avoir le premier sou. Avec un tel état d’esprit, il vous sera facile d’appréhender l’Éveil. »

On lit dans le Shinjin-mei : « Arriver à l’Éveil n’est pas difficile. Il suffit de détester choisir. » Si vous vous débarrassez de l’état d’esprit de faire des choix, vous tomberez juste dans votre choix.

         Se débarrasser de l’état d’esprit porté à choisir, c’est se détacher de soi. À proprement parler, pour appréhender l’Éveil par vous-même, ne faites pas l’apprentissage de la Réalité de bouddha. Pratiquez la Réalité de bouddha uniquement pour la Réalité de bouddha. Même si vous apprenez mille sutras et dix mille commentaires, même si vous vous asseyez dans le recueillement au point de briser votre banquette, si vous n’avez pas cet état d’esprit, vous n’apprendrez pas, ni n’obtiendrez l’Éveil des bouddhas patriarches. Vous ne tomberez juste dans vos choix qu’à partir du moment où vous n’aurez plus vos vues anciennes. Cela parce que vous vous serez dépouillé complètement de l’idée que vous vous faites de vous, et que vous aurez suivi les autres dans la Réalité de bouddha.

Un jour, maître Dōgen a expliqué :

Au pays des Song, alors que j’étais en train de lire les Analectes des Anciens dans un ermitage de recueillement, un moine de Sichuan, qui était un éveillé, me demanda : « À quoi cela sert-il ? » Je lui dis : « À convertir les gens quand je rentrerai chez moi. » Le moine me dit : « À quoi cela sert-il ? » Je lui dis : « À en faire profiter les êtres vivants » Le moine me dit : « À quoi cela sert-il, en fin de compte ? »

        Par la suite, j’ai réfléchi à ce qu’il avait voulu dire. J’ai compris l’inutilité de connaître les comportements des anciens par la lecture des analectes, de la casuistique, etc., ou d’écouter les prêches pour le compte de ceux qui sont dans l’illusion. J’ai compris que tout cela ne servirait à rien ni pour ma propre pratique, ni pour la conversion d’autrui.

        Si vous comprenez clairement la nature de votre esprit en faisant la lumière sur votre « grande question » par la pratique du « recueillement pur et nu, seulement assis », il ne vous sera désormais plus possible d’épuiser cette vérité quand vous l’enseignerez aux autres. Même si vous n’en connaissez pas un seul mot. Voilà pourquoi ce moine m’a demandé à quoi cela servait en fin de compte ! Sentant que la vraie vérité se trouvait dans ces mots, j’ai cessé depuis lors de lire les analectes, etc., et j’ai pu faire la lumière sur ma « grande question » en m‘appliquant exclusivement à « être assis ».

Un jour, maître Dōgen a dit :

Une personne du commun a dit : « Qui donc n’a jamais désiré des vêtements épais ? Quel est celui qui n’a jamais convoité de repas copieux ? Pourtant, ceux qui veulent maîtriser une voie entrent dans la montagne, se rassasient d’eau et endurent le froid et la faim. Les anciens n’étaient pas des gens qui ne souffraient pas. Mais c’est parce qu’ils ont préservé leur voie en supportant ces tourments, que les générations ultérieures désirent poursuivre cette voie après avoir entendu parler de leur exemple, et surpassent leurs mérites. »

        Voilà ce qu’est effectivement la sagesse des gens du commun. Pourquoi l’Éveil de bouddha ne pourrait-il pas être comme cela ? Les anciens n’avaient pas tous des os en or. Même les contemporains du Bouddha n’étaient pas tous des réceptacles supérieurs. Si l’on réfléchit à ce qu’étaient les moines, au vu des textes des règles de discipline du Grand et du Petit Véhicule, on comprend qu’il y en avait qui avaient des mentalités bizarres ou déraisonnables. Pourtant, par la suite, ils ont tous appréhendé l’Éveil et sont devenus des saints. Alors, vous aussi, même si vous êtes sots, maladroits ou nés sous une mauvaise étoile, vous donnerez immédiatement libre cours à l’aspiration à l’Éveil parce que vous savez qu’on peut toujours appréhender l’Éveil si l’on s’exerce à donner libre cours à son aspiration à l’Éveil. Autrefois déjà, tous les anciens enduraient la souffrance, et ils continuaient à pratiquer l’Éveil sans se soucier du froid et tout en étant malades. Apprentis de l’Éveil d’aujourd’hui, mettez uniquement toutes vos forces à ne faire que l’apprentissage de l’Éveil, même si vous êtes sévèrement malades.

Maître Dōgen nous a dit :

Au milieu de l’océan il y a un lieu qui s’appelle la « Porte des Dragons ». Il est agité par la houle sans relâche. Tous les poissons qui y passent deviennent immanquablement des dragons. Voilà pourquoi on l’appelle la Porte des Dragons.

        Maître Dōgen a ajouté :

En cet endroit les vagues ne sont pas différentes de celles d’ailleurs et l’eau y est fort salée comme partout. Étrangement, pourtant, quand des poissons traversent ce lieu, ils deviennent toujours des dragons. Ils se transforment instantanément en dragons sans changer d’écailles et en gardant le même corps. Vous pouvez comprendre avec cet exemple, ce qui se passe dans l’ordination formelle de moine. Le site peut être semblable à n’importe quel autre et pourtant dès que vous entrez dans un monastère, vous devenez immanquablement un bouddha, un patriarche. La nourriture et les vêtements y sont les mêmes que ceux des gens ordinaires, et ils rassasient de la faim et protègent du froid de la même façon. Et pourtant, il suffit que vous vous rasiez la tête, revêtiez la robe de loques et preniez vos repas de gruau de riz pour devenir, dans l’instant, un moine en robe de loques. Il n’y a pas lieu de rechercher loin de soi pour devenir un bouddha ou faire de soi un maître. C’est seulement l’affaire d’entrer ou non dans un monastère, de passer ou non la Porte des Dragons.

        Maître Dōgen nous a encore dit :

Il y a un aphorisme populaire qui dit : « La belle affaire de mettre son or en vente s’il n’y a personne pour l’acheter. » Il en est de même pour l’Éveil des bouddhas patriarches : on a beau offrir l’Éveil sans cesse et sans compter, les gens ne l’appréhendent pas. Appréhender l’Éveil ne dépend pas d’être sagace ou stupide au fond de soi. Tous les hommes sont aptes à appréhender la Réalité de bouddha. La vitesse de progression dans l’appréhension de l’Éveil n’est qu’une question de diligence ou d’indolence. Ce qui fait la différence entre diligence et indolence, c’est d’avoir ou non de la détermination. L’absence de détermination vient de ce qu’on ne pense pas à l’impermanence. On meurt pensée après pensée et cela ne s’arrête pas un moment. D’un bout à l’autre de votre existence ne laissez donc pas passer le temps en vain, même pour un moment.

        On dit : « Une souris est affamée dans un grenier et le bœuf qui laboure les champs est insatiable d’herbe. » Cela signifie que même si elle passe sa vie au milieu d’une abondance de nourriture la souris n’est jamais rassasiée ; et que le bœuf souffre de la faim même s’il passe tout son temps au milieu de l’herbe. Les hommes aussi sont comme cela. Bien qu’étant sur le chemin des bouddhas, ils ne s’harmonisent pas avec celui-ci. Si vous ne cessez pas d’avoir de la convoitise, vous ne pourrez jamais vivre en paix et dans la joie, de toute votre vie.

        Tous les agissements - soient-ils bons ou mauvais - des hommes de l’Éveil, sont intentionnels. Ils ne peuvent être évalués par personne. Jadis, le prieur Eshin fit battre pour le chasser un cerf qui, un jour, était en train de paître sur le devant de son jardin. Quelqu’un qui se trouvait là, lui demanda alors : « Maître, vous semblez n’avoir aucune compassion. Vous tourmentez cet animal en lui refusant de l’herbe. » Le prieur répondit : « Si je ne l’avais pas fait battre, ce cerf se serait familiarisé avec les hommes et il aurait été tué à coup sûr dès qu’il se serait approché d’un homme méchant. Voilà pourquoi je l’ai fait frapper. » Battre le cerf apparaissait comme un manque de compassion, et pourtant la raison profonde en était, bien au contraire, une compassion débordante.

Un jour maître Dōgen a expliqué :

On dit que quelqu’un est obtus quand il n’arrive pas à se déterminer. Toutes sortes de pensées arrivent à l‘esprit du commun qui tombe de cheval, dans le temps qui précède son entrée en contact avec le sol. Quand survient un événement important où l’on risque de se blesser physiquement ou de perdre la vie, tout le monde réfléchit soudain avec vivacité d’esprit. Dans de telles circonstances, qu’on soit intelligent ou sot, on pense à la même chose et on se préoccupe de ce qu’on doit faire. Semblablement vous ne manquerez pas d'appréhender l’Éveil si vous restez déterminé à pratiquer assidûment et avec urgence avec l’idée que vous allez mourir demain ou ce soir ou que vous serez confronté à un événement horrible.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, celui qui, à la façon d’un idiot, mettra avec urgence toute se détermination [dans sa pratique], appréhendera l’Éveil plus rapidement que s’il était un brillant causeur connaissant le monde. Cudapanthaka* qui vivait du temps de Tel-quel Advenu, a pu s’éveiller en un été grâce à sa disposition naturelle à l’ardeur malgré ses plus grandes difficultés à lire et à réciter un seul verset.

Notre vie n’est que l’existence du seul moment présent ; c’est pourquoi personne ne peut manquer d’appréhender l’Éveil s’il fait l'apprentissage de la Réalité de bouddha avec ardeur pour appréhender l’Éveil avant de mourir.

 

*Cudapanthaka (jp. Shurihandoku) - il était un célèbre disciple du Bouddha Shakyamuni. Sa mère était une femme de la haute société de Rajagrha (la capitale du Magadha de l’époque ; aujourd’hui Rajgir dans le Bihar). Il fut chassé de chez elle parce qu’il était un garçon. Il vécut dans la pauvreté d’un enfant des rues. D’où son nom Panthaka qui signifie « né dans la rue ». Ils étaient deux frères : l’aîné était appelé « Né-dans-la-rue-le-Grand » Maha(panthaka), le cadet était appelé « Né-dans-la-rue-le-Petit » Cuda(panthaka). Il se fit « renonçant au foyer » à la suite de son frère, mais il était débile mental de naissance. Son frère lui avait enseigné un seul verset mais au bout de quatre mois il ne put le comprendre ni s’éveiller. Le Bouddha Shakyamuni lui donna l’ordre de balayer la poussière. Dès ce moment il acquit la capacité spéciale d’observer tout ce qui était impur et il put s’éveiller. Il est devenu le modèle de celui qui peut s’éveiller en s’appliquant exclusivement à une pratique en dépit d’une débilité mentale au plus haut degré.

Dans son enseignement du soir, maître Dōgen nous a expliqué :

Dans la tradition des patriarches, la méthode pour comprendre les sermons zen est de réformer sa mentalité qui produit l’idée évidente qu’on se fait de soi. Pour cela il faut suivre pas à pas les paroles du maître.

Vous croyez savoir au fond de vous qu’un bouddha est doté des trente-deux signes distinctifs et des quatre-vingts marques, qu’il émet un halo de lumière, qu’il possède toutes les qualités sans exception, qu’il a le mérite d’avoir fait profiter les êtres vivants de son enseignement de la Bonne Loi ; et vous savez avec certitude que Shakyamuni et Amida, etc. sont des bouddhas. Pourtant, si votre maître vous dit : « Un bouddha c’est un crapaud ou un ver ! », croyez que le crapaud ou le ver sont des bouddhas et abandonnez votre soi-disant sagesse d’antan. Toutefois, si vous cherchez à voir sur un ver les signes et les marques distinctifs d’un bouddha ou le halo de lumière et toutes sortes de mérites propres à un bouddha, c’est que vous n’avez pas encore corrigé vos vues passionnelles. Contentez-vous de reconnaître un Bouddha simplement dans ce que vous voyez dans ce moment. Si vous procédez ainsi à réformer vos vues passionnelles et vos attachements originels en suivant les paroles de votre maître, votre compréhension ne manquera pas de se faire d'elle-même. Pourtant, les apprentis de l'Éveil d’aujourd’hui disent : « Un bouddha, ce doit être absolument et immuablement comme ceci et comme cela ! » quand ils s’accrochent à leurs vues passionnelles et que cela est conforme à leur opinion. Mais lorsque quelque chose n’est pas conforme à ce qu’ils pensent d'eux-mêmes, ils disent aussi : « Un bouddha ne peut pas être comme ça ! » Ces gens-là ne progresseront pas vers l'Éveil immense d’un bouddha tant qu’ils seront dans l’illusion que les choses doivent ressembler à l’idée passionnelle qu’ils s’en font.

Par ailleurs, si votre maître venait à vous dire, alors que vous craignez pour votre personne : « Montez jusqu’au sommet du mât de cent pieds, lachez vos mains et vos pieds et avancez d’un pas ! » et que vous lui répondiez : « On ne peut faire l’apprentissage de l'Éveil d’un bouddha que si l’on est en vie », cela montrerait que vous ne suivez pas sincèrement l’esprit de votre maître. Réfléchissez bien à cela !

Zuimonki (traduction de Maître Kengan Robert)

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« L'imagination travaille continuellement à boucher toutes les fissures par où passerait
la grâce
. »

 

Simone Weil, La pesanteur et la grâce

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Point de départ et point d'arrivée, origine, finalité et méthode de notre école, est le zazen vêtu du kesa. Ça c'est le scoop, la révélation, la modernité. 

Deshimaru Roshi, à la lumière de l'enseignement et de la personnalité de Sawaki Roshi, l'a affirmé en Europe. Seul Sawaki Roshi, avec sa rugueuse franchise, a su dire que s'assoir avec fermeté, la tête rasée, vêtu du kesa, est la dimension la plus haute, la plus noble et majestueuse de l'être humain. 

F. Taiten Guareschi Roshi, La voix qui écoute

 

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J'avoue que j'ai vécu

Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédé par une règle, par un mot, par une étiquette…

Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde puisse parler, lire, écouter, s’épanouir…

Je n’ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d’en finir avec la lutte.

Je n’ai jamais compris la rigueur autrement que comme moyen d’en finir avec la rigueur…

J’ai pris un chemin car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette aménité permanente, je combat pour cette bonté générale, multipliée, inépuisable…

Il me reste malgré tout une foi absolue dans le destin de l’homme, la conviction chaque jour plus consciente, que nous approchons de la grande Tendresse…

En cet instant critique, en ce clignotement d’agonie, nous savons que la lumière définitive entrera dans les yeux entrouverts.

Nous nous comprendrons tous. Nous progresserons ensemble. Et cet espoir est irrévocable.

J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda, 1904-1973

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Menju

 

« Si un disciple ne voit pas en son Maître toutes les générations précédentes de Maîtres, on ne peut pas dire qu'il soit un disciple. Si un Maître ne voit pas en son disciple toutes les générations ultérieures de disciples, on ne peut pas dire qu'il soit un Maître. »

Chapitre « Menju » du Shōbōgenzō de Maître Dōgen (traduction de Maître Dokusho Villalba)

 

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« La nouvelle richesse » de Maître Tōzan Ryōkai

Le souverain de l'Antiquité avait fait du tao sa norme.

Il gouvernait le peuple au moyen de rites et ployait son échine de dragon.

Lorsque, de part en part, il traversait la place du marché,

En tout lieu florissait la culture, et son auguste dynastie était célébrée.

Pourquoi donc vous lavez-vous le visage et vous maquillez-vous ?

Le chant du coucou nous rappelle à l'urgence de notre demeure.

Bien que des multitudes de fleurs se soient fanées,

Son chant ne s'est pas encore apaisé.

Au loin, parmi les pics enchevêtrés et dans les lieux profonds et retirés,

Son appel retentit toujours.

Une fleur qui s'épanouit sur un arbre mort,

Une source qui jaillit de l'éternité.
Chevaucher un éléphant de jade et pourchasser la licorne.
Là, dissimulée parmi les innombrables montagnes,

Une lune blanche, un vent froid aux approches de l'aube.

Les êtres ordinaires et les bouddhas ne commercent pas ensemble.

Que les montagnes soient naturellement hautes,

Que les eaux soient naturellement profondes,

Ce n'est que cela que peut exprimer

L'infinité des distinctions et des différences.
Quand les marmottes crient, les fleurs s'épanouissent.
Le chant du printemps fait fleurir toutes les fleurs.
Lorsque l'esprit qui cherche Bouddha apparaît, vient le temps du « remords ».
Dans la perspective non entravée du kalpa de l'inutile (vide),

Lorsque plus rien n'est perçu,

Pourquoi allez-vous au sud à la recherche des cinquante-trois ?

Note : Au Japon, le Tokaido, mythique et ancienne « Route de la mer de l'Est », longue d'environ 500km, relie Tokyo à Kyoto en exécutant cinquante-trois relais (sorte de pèlerinage).

 

La bonne nouvelle c'est que « Même si l'âne n'est pas encore passé, le cheval arrive déjà » ! (phrase de Maître Dōgen)

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